Biographie



La mer Méditerranée comme berceau, l’Occitanie comme royaume. 

Je suis né dans une petite ville à échelle humaine de la Côte d’Azur, proche de la frontière italienne et j’ai onze ans lorsque l’on déménage avec ma famille pour rejoindre la gigantesque Barcelone. La ville surgit, inhospitalière et hostile et je me confronte à son imposante immensité. Elle est démesurée, je me perds dans ses dédales. 

Est-elle si grandiose ou est-ce moi qui suis trop petit pour elle? 

Pas à pas, j’appréhende timidement ses rues, découvre ses atouts ; j’apprends à jouer avec ses recoins jusqu’à savourer la dérive au coeur du labyrinthe. Face à mes dessins, on me partage, encore aujourd’hui, ce sentiment d’immensité, d’infini, de vertige, peut-être est-il nourri par le souvenir de ces ruelles interminables… 

Petit déjà je dessine, et en dehors de quelques sorties au musée, c’est la seule présence de l’art dans ma  vie. Mais je me sens limité, je n’arrive pas toujours à m’exprimer et je suis rongé de frustration. Les mots et les images me manquent. 

Je ne comprends pas le monde qui m’entoure et je ne trouve pas de moyens pour laisser sortir la colère  qui m’habite. Cela dure des années et la colère se transforme en une rage profonde. Je veux devenir terroriste pour exploser les prisons, briser les chaînes. Je veux devenir assassin, suriner, provoquer la peur, et si j’ère sans but alors la seule chose qui semble me rester, c’est celle de tout casser. 

L’art est le seul endroit qui me permet d’évacuer cette colère asphyxiante. 
En 2010, je quitte l’espagne et cet univers disproportionné pour rejoindre Toulouse et commencer un  cursus aux beaux-arts. 

L’espace y est plus abordable, plus facilement appréhendable et les rues moins nombreuses. Je dépose de plus en plus ma colère, la subtilité de la dynamite est remplacée par la couleur, les images,  le discours, le poème, le rituel. 

La rage se maîtrise et devient outil. J’éprouve un grand sentiment de liberté et je redécouvre dans l’art  comme dans la vie ce sentiment d’infini. Les expériences sont multiples, humaines, artistiques, psychédéliques, terre à terre, collectives ou  solitaires. 

Je crée, nous créons, sur le papier et sur la réalité. Les couleurs, les sons, les formes se mélangent, se  révèlent. Je me plonge dans la sérigraphie et dans les installations artistiques, je me nourris de ce qui m’entoure,  que ça porte ou non le nom d’Art. 

Intrigué par la répétition des formes, les lignes mouvantes, les courbes, je me connecte à des perceptions  différentes de ce que j’appelais jusque là le réel. 

Les choses et les découvertes s’agencent, et dirigent ma curiosité, je plonge dans les symboles et y  découvre des mondes. 

Les réflexions se mêlent aux formes, les fractales et les motifs m’attirent, j’y retrouve le fonctionnement  de mon cerveau. 

Et je dessine plus finement les détails de mon monde.  

Mon travail est nourri d’une multitudes de recherche, guidées par mon instinct. 

De manière anarchique je me déplace dans le monde, attiré parfois par l’étude d’une culture, la rencontre  avec un symbole, l’exploration d’un rituel, la découverte d’une théorie sur l’énergie… 

Je bascule tantôt vers l’ésotérisme, le rituel, vers le hasard ou le sacré, et d’autres fois vers la structure,  les fractales, le mouvement, les formes… 

Je visualise la vie comme un amas de couches au milieu desquelles je me déplace. Mes dessins sont une sorte de portail vers ces plongées immatérielles. 

Et je tente de voir si ce dont je les charge, se retrouve pour ceux et celles qui les reçoivent. Je crée un alphabet graphique de symboles qui mélangent perception, sensibilité, esthétique et sens. J’écris des poèmes avec cet alphabet, comme pour créer des outils, des talismans. Je les charge de choses qui sont plus grandes que moi, incertain que le message passe toujours. Ces champs d'exploration me ramènent au même endroit : là où se noue, le rapport ambiguë entre  l’illusion et la réalité. 

Car je me demande sans cesse ce qui se cache sous la surface du visible, du connu, du sensé. Je n’ai aucune certitude sinon celle que je ne serai jamais sûr de rien. 

Le souvenir d’une phrase de Piotr Archinov se rappelle hasardeusement à moi: Quelque chose comme « la révolution est en chacun de nous ».


Curiculum

Né le 28 octobre 1992
Diplomé du DNAP à l’ISDAT de Toulouse, en 2016
Vit et travaille en Occitanie à Couffouleux, Tarn (France)
Le français et l’espagnol courant et maîtrise l’allemand, l’anglais et le catalan


Expositions individuelles

- Synchronicité / Bettendorffsche Galerie Im Schlossgarten / Leimen, Allemagne / 2023

- Amour Universel / Galeria Son Molas / Begur, Espagne / 2022

- Retrospective / La Fourmilière / Couffouleux, France / 2022

- L’Oracle / La Part du Hasard / Toulouse, France / 2015

- El sentido de la vida lineal / Galerie Artevistas / Barcelona, Espagne / 2015

- Cet Arrêt / La Mèche / Toulouse, France / 2014


Expositions collectives

- Del otro lado / Latino Graff / Toulouse, France / 2024

- Biennale Bricodrama#2 / Mix’art Myrys & Lieu Commun / Toulouse, France / 2019

- Biennale Bricodrama#1 / Mix’art Myrys / Toulouse, France / 2017

- Aend / Lieu Commun / Toulouse, France / 2017

- Le chemin des Lucioles / Faites de l’image / Toulouse, France / 2016

- Politique de l’accrochage / Kunsthochschule / Kassel, Allemagne / 2014
Projets collectifs

- La Botiga del Amor, petit espace de grandes rencontres / Rabastens, Tarn / 2020

- Multivers, petit salon d’éditions diverses / France / 2019

- Typon Noir, atelier de sérigraphie artisanal / Couffouleux, Tarn / 2017

- La Mèche, espace d’exposition et de création / Toulouse, France / 2014


Comissariat d'expositions

- Yefferson Huaman / La Fourmilière / Rabastens, France / 2024

- Reproductions de l'oeuvre de Leon Ferrari / Mix’art Myrys / Toulouse, France / 2019


Intervenant formation

- Intervenant sérigraphie / Estampados Colombia / Cali, Colombie / 2024

- Loye Patox: Intervention scolaire / Le Pavillon Blanc / Colomiers, France / 2016




DÉMARCHE ARTISTIQUE


Questionner le sensible ou rendre tangible l’invisible

L’Art et le Sensible



La dimension du Sensible, dans l’art, renvoie aux phénomènes et processus qui adviennent à la conscience de l’artiste quand celui-ci se met en lien avec son monde intérieur via un ressenti intime et profond de l’acte créateur. 

Artiste plasticien et sérigraphe, diplômé des Beaux-Arts de Toulouse, Charly Escorsell oriente très tôt ses recherches sur la représentation spatiale, la répétition et la pictographie, éléments lui permettant de questionner le sensible. 

Ainsi, saturation, symétrie, superposition, perspective contribuent à l’appréhension de sa production artistique ; en témoigne Portail, un vitrail réalisé en 2023, dans lequel l’espace, divisé en trois parties horizontales, semble évoquer les 3 mondes dont parle Diego Rivera dans son musée Anahuacalli à Mexico, à savoir l’inframonde, le monde terrestre et le monde céleste. 


Dans cette composition, l’artiste multiplie les points de fuite : un premier dans la partie basse, convergeant vers le centre situé sur la ligne d’horizon, invite le spectateur à emprunter le chemin (manifesté par une succession de cercles) pour sortir de l’inframonde et accéder au monde terrestre ; un second dans la partie supérieure, celle du céleste, donne à la lecture de l’oeuvre un mouvement ascentionnel, comme une élévation spirituelle. Quant à la partie centrale, cette dernière accueille le premier espace pour finalement n’en former qu’un et donner de la profondeur de champ à l’ensemble. La représentation spatiale conférée à cette œuvre témoigne des cheminements plastiques et intellectuels de l’artiste, de sa manière de concevoir le monde.  

Portail
illustre parfaitement la complexité du travail de Charly Escorsell : multiplication des points de fuite, symétrie, rythme, mouvement, saturation, tout y est.

C’est avec la macule (en sérigraphie : feuille de passe permettant de régler l’impression) que Charly Escorsell s’intéresse d’abord au potentiel plastique de la superposition. La couleur est le premier axe de recherche que l’artiste va expérimenter : il va jouer tantôt sur la transparence, tantôt sur l’opacité. La transparence permettant à la couleur créée par la superposition de deux autres une vibration particulière ; l’opacité permettant quant à elle un jeu de matière. Le choix des couleurs dépasse la simple quête de réalisme. Elles servent à modeler les perceptions, guidant le regard et l'esprit vers une interprétation plus riche et plus complexe de l'œuvre. 

La superposition du dessin revêt une place importante dans l’oeuvre de l’artiste, notamment dans son travail sérigraphié, comme en témoigne la collection Variation. Cette dernière est un accomplissement de cette recherche puisque dessin, couleur et parfois geste viennent créer des compositions différentes (plus d’une soixantaine) à partir d’un socle de 12 dessins.


Enfin, l’artiste est amené à croiser les techniques : acrylique et sérigraphie ; dessin, encre et feutre ; dessin et infographie… sont autant de possibilités pour travailler la matière, la profondeur, l’organisation spatiale, le message.

Les peintures « Synchroniques », réalisées entre 2013 et jusqu’à ce jour viennent en témoigner. Dans cette collection, l’artiste s’emploie à être l’organisateur : il maîtrise la composition, la couleur et le geste mais laisse une place à l’aléa, au défaut et au déraillement. Ainsi la coulure est la conséquence du geste, de la peinture et du support. Elle s’inscrit dans la dynamique de création. On parle alors de synchronicité, une rencontre entre un élément aléatoire et un élément maîtrisé, produits au moment opportun. On peut également y voir une allégorie de la vie avec ses chemins tracés et ses aléas, un dialogue entre la maîtrise et le lâcher-prise. 

« Admettons, dans une cascade, si nous isolons un motif d’écoulement, celui ci sera identique mais sensiblement différent aux autres motifs d’écoulements. De même que si à l’intérieur du motif d’écoulement nous isolons le motif de la goutte d’eau, celui-ci sera identique mais sensiblement différents aux autres motifs de gouttes présents à l’intérieur du motif d’écoulement. Il s’agit là d’un raisonnement fractal, de la notion de Tout et de Un, où dans le Tout nous retrouvons le Un et vice versa. Cette observation est applicable à bien d’autres motifs, qu’ils soient formels ou non. »




Cette recherche de la maitrise du geste, du process et du déraillement se retrouve dans son travail de sérigraphie. Cette technique, connue pour son caractère sériel, est parfois utilisée afin de créer des œuvres uniques ou en tirage très limité. Dans la collection Variation  qui comporte plus d’une soixantaine de tirages, Charly laisse s’exprimer le hasard et l’aléa obtenus par la superposition, rendant unique chaque impression. On retrouve ici l’idée de la maîtrise, de la coïncidence et de la synchronicité. La sérigraphie lui permet également de multiplier une image à l’infini comme on peut le constater dans l’installation Le Chemin des Lucioles, où un même motif est répété sur une surface de 200m2.



Dans le travail de Charly Escorsell, la répétition est une notion importante que l’on retrouve dans le motif, le geste ou dans l’action comme méthode de création, à travers le prisme de la multiplication, du redoublement ou de la saturation. . 

Ainsi, dans le dessin « Nature », l’artiste s’emploie à répéter le motif de la feuille à partir d’un point de fuite central, en conférant à l’ensemble un mouvement de rotation, jusqu’à saturation de l’espace définit. Il en résulte un effet hypnotique, amenant l’oeil à des allers-retours entre l’ensemble et le détail, détail dans lequel l’oeil cherche à saisir la faille, l’anomalie. La composition très souvent centrale évoque le nombril, le présent, la naissance, le rayonnement, la réalisation, l’intérieur vers l’extérieur, l’extérieur vers l’intérieur, le passage, le portail. De fait, la notion de « répétition » permet de remettre en cause celle d’œuvre d’art unique, définitive, vue comme l’aboutissement souhaité, voire rêvé, du geste créatif. Ainsi, réitérer les mêmes expériences à une altération près, représenter inlassablement la même forme, le même motif, mais en évitant l’identique serait un moyen de mieux saisir le monde et de le recréer. L'utilisation de la sérigraphie participe à ce processus.

Si dans l’Op Art, c’est la géométrie parfaite qui créer l’effet d’optique, Charly se réapproprie certains codes tout en les détournant.

Il oriente ses recherches plastiques sur le va-et-vient que fait l’oeil qui n’arrive pas ou partiellement pas à faire la mise au point sur un élèment : ce dernier cherche sans cesse à comparer, se repérer dans l’espace et faire des correspondances entre les différents motifs qui entrent dans son champ de vision.

Le travail de Charly Escorsell révèle donc une quête  de l'expression du sensible, il vient remettre en question nos perceptions, jouer avec nos sens. 

De même, le motif tient une place prédominante dans l’oeuvre de l’artiste, il est utilisé comme  élément répété afin de créer un effet visuel, mais également comme un outil de langage ; un pictogramme qui, combiné à d’autres pictogrammes, forment un langage pictural dans lequel chacun devient l’élément d’une séquence narrative. Ainsi trois formes reviennent régulièrement dans le travail de Charly Escorsell : le cercle, le triangle et le carré : le triangle représentant le cerveau, l’esprit ou encore la trinité ; le cercle représentant le coeur, le masculin ; le carré symbolisant le corps, le féminin. 

L’artiste classifie ses pictogrammes selon trois grandes catégories : le masculin, le féminin et le neutre (ou le mystique). Dans chacune de ces catégories, l’artiste déploie différents motifs, qui prennent valeur de symboles (exp : le motif de la goutte peut prendre, selon ce à quoi il est associé, la symbolique de la larme, la graine ou encore la vie). On parle alors de pictographie.
Ainsi  le dessin Fuerza Serena réalisé en 2024 au cours d’un voyage en Colombie en est l’exemple :




-Au premier plan l’inframonde : le pictogramme du feu (intuition, force) est inscrit dans un cercle, autour duquel l’artiste vient faire rayonner le pictogramme de la fertilité (fluidité). Bordé par des gardes et des guides spirituels dont la forme ascérée en triangle pointée vers l’extérieur, agissent comme une protection sur le chemin d’élévation du feu.

-Au second plan le terrestre : l’artiste utilise le motif de la feuille (la nature, l’organique) qu’il répète jusqu’à saturation de l’espace. Si ce dernier vient empiéter sur l’inframonde, il se fait en partie recouvrir par le 3ème plan, qui est celui du divin. Le pictogramme de l’énergie (l’accomplissement, le pénis), qui prend naissance dans l’inframonde, parcours l’ensemble des trois mondes.

-Au troisième plan le celeste, le divin : le triangle, incarnant la sérénité, de son centre émane une spirale constituée du pictogramme de l’accomplissement (l’énergie, penis). Le mouvement conféré vient évoquer la notion de transmutation (propre au pictogramme de la spirale allant de la droite vers la gauche).

Dans cette oeuvre l’artiste cherche à montrer la pérégrination du feu à travers ses différentes étapes lesquelles le mène à son climax ; métaphore de la force vitale, qui, canalisée et maîtrisée permet d’atteindre un accomplissement dans son être.



Rendre tangible l’invisible




La peinture de Charly Escorsell établit un pont entre l'expérience personnelle et le monde extérieur, ouvre un espace où les frontières entre l'individu et l'œuvre s'estompent. Elle tisse un lien entre l'expérience subjective et l'universelle, créant un dialogue entre le particulier et le général, le subjectif et l'objectif.

En s'affranchissant du réalisme et du figuratif pour explorer l’art comme vecteur d'émotions et de spiritualité, Charly Escorsell saisit le réel autrement que dans l’immédiateté ; le motif devient le fondement d’une esthétique non figurative tendant à rendre tangible l’invisible. 

La question philosophique que pose le travail de Charly Escorsell n’est donc nullement de savoir ce que représente l’oeuvre, ni si elle est « ressemblante », mais quelle est sa puissance d’agir. 

Ce questionnement se retrouve précisément dans Oracle, collection toujours en cours, commencée en 2021 et dans laquelle l’artiste reprend certains arcanes traditionnels du tarot de Marseille tels que la Lune, la Mort ou le Soleil, mais également des cartes réappropriées (la Communication représente le Pape par exemple). L’artiste complète l’oracle avec des arcanes relatifs à des expériences de vie, comme le suggèrent l’Autoroute, la Dérive, la Ville. 

A travers cette collection l’artiste met en place un « rituel » dans l’acte de création; en témoigne « Pour un Dieu d’amour » qui est le résultat du processus suivant : une phrase vient définir le sujet du tirage des arcanes ; à partir de cela, l’artiste lance un dé, lequel lui donne le nombre de cartes à piocher et leur ordre d’impression. Ainsi la 1ère lame est La Mort (bleu canard), la 2ème lame est L’Air (rose fluo), la 3ème lame est La Communication (jaune fluo), la 4ème est Le Soleil (Doré) et la 5ème est La Dérive (bleu clair). L’artiste n’intervient subjectivement que dans le choix des couleurs et dans leur opacité.
Cette superposition d’archétypes donne lieu à la représentation du sujet, défini en amont ; on assiste alors à un véritable dialogue entre expérience esthétique et expérience spirituelle.

Charly Escorsell cherche à travers cette collection à confronter croyance et scepticisme, visible et invisible, en élaborant des archétypes relatifs à sa perception du monde ; au spectateur ensuite de choisir parmi les différentes significations d’un pictogramme, celui qui fait le plus écho à son présent, son histoire. Ainsi une œuvre révèle plusieurs interprétations et grilles de lecture, offrant un aperçu de l'âme de son créateur et, indirectement, de celle du spectateur. Telle une conversation avec celui qui observe, chaque œuvre de Charly Escorsell communique un message. C'est dans cette connexion intime que l’artiste interroge le sensible afin d’en révéler son contenu spirituel.

L’art a toujours été un outil puissant pour exprimer et explorer la spiritualité. De l'iconographie religieuse à l'expressionnisme abstrait, les artistes n’ont de cesse de chercher à capturer et à transmettre leurs expériences et croyances. C’est dans cette démarche que s’inscrit le travail de Charly Escorsell : tout dans son œuvre est empreint d’introspection et de quête spirituelle. Le support sensible n’est là que pour initier un questionnement dans l’esprit du public, ce questionnement étant l’œuvre véritable. L’expérience des œuvres de Charly Escorsell ne serait alors plus une expérience « esthétique », sensorielle, mais une expérience intellectuelle, un canal vers l'expression de l'âme et de l'esprit, au moyen du motif, de la répétition et de la superposition ; un langage artistique évocateur et puissant, apte à capturer l'essence même du sensible, permettant d’accéder à un espace sacré qui se montre à nous.
Pour comprendre de quelle manière Charly Escorsell rend tangible l’invisible, on peut se référer au concept de hiérophanie proposé par le philosophe Mircea Eliade, concept qui n'exprime que ce qui est impliqué dans son contenu étymologique, à savoir : quelque chose de sacré qui se montre à nous.

Ainsi, selon Mircea Eliade, une hiérophanie est  une manifestation du sacré par un objet, une pierre par exemple, objet qui va acquérir une autre dimension, devenir autre chose, tout en restant lui-même, puisqu’étant toujours un élément du milieu physique qui l'entoure. 

Ce concept, transposé à l’oeuvre de Charly Escorsell, en permet la lecture suivante : « l’objet » du philosophe devient le « motif » de l’artiste. Si, dans une lecture au premier degré, rien ne distingue par exemple un triangle « sacré » des autres triangles, pour celui à qui il se révèle comme objet sacré, chargé de la dimension spirituelle donnée par l’artiste, il change alors de statut et « sa réalité immédiate se transmue (...) en réalité surnaturelle. » 

En explorant des concepts abstraits et en les matérialisant à travers différents médiums, Charly Escorsell parvient à rendre tangible l’invisible. Les pictogrammes, la texture, la transparence, la lumière permettent à l’artiste d’aller questionner le « divin », rendent perceptibles le temps, l’espace, l’émotion, engagent les sens du spectateur et lui permettent d’expérimenter l’invisible par le biais de sa propre perception.




Presse

Média :  presse écrite
Date : octobre 2023


Média :  presse écrite
Date : octobre novembre décembre 2023


Média : presse écrite
Publication N° 164
Date : septembre/ octobre 2023

À retrouver :
https://www.ramdam.com/Ramdam-164-septembre-octobre